Dimanche, ma mère  aurait eu 73 ans.

Elle est partie à 69 ans.

Il y a une phrase qu’elle disait souvent et qui me revient aujourd’hui :

« Mes enfants passent en premier. »

À l’époque, je l’entendais comme une belle preuve d’amour.

Une maman qui donne tout pour ses enfants.
Qui pense à sa famille.
Qui fait passer les autres avant elle.

Aujourd’hui, je l’entends différemment.

Et je me demande :

Et elle, dans tout ça ?

Quand prendre soin des autres devient notre façon d'exister

Je crois que certaines femmes ont tellement pris l'habitude de s'occuper des autres qu'elles finissent par ne plus se demander ce dont elles ont besoin, elles.

Elles savent ce que leur conjoint aime.

Ce dont leurs enfants ont besoin.

Ce qu'il faut prévoir.

Ce qu'il ne faut surtout pas oublier.

Elles sont là quand quelqu'un a besoin d'elles.

Et quand on leur demande :

« Et toi, comment vas-tu ? »

Elles répondent souvent :

« Ça va. »

Alors que leur corps, leur fatigue ou leur moral racontent peut-être autre chose.

Ce n'est pas qu'elles ne veulent pas prendre soin d'elles.

C'est parfois simplement qu'elles ont appris que les autres passaient avant.

Et ce n'est pas seulement une impression.

Une enquête, menée par Ipsos bva en 2026, montre que 55 % des femmes interrogées déclarent ressentir parfois ou souvent de la culpabilité lorsqu'elles prennent du temps uniquement pour elles parce qu'elles estiment devoir prioritairement prendre soin de leurs proches.

Alors peut-être que le problème n'est pas simplement de trouver du temps.

Peut-être qu'il faut aussi s'autoriser à considérer que nous avons, nous aussi, une place.

Et si nous avions, nous aussi, un jardin ?

J'aime beaucoup cette image.

Je crois que nous avons toutes et tous un jardin intérieur.

Il y a notre essence.

Nos envies.

Nos rêves.

Nos lumières.

Nos ombres aussi.

Il y a de jolies fleurs.

Et puis parfois des orties.

Des endroits un peu laissés à l'abandon.

Des choses auxquelles nous n'avons plus prêté attention depuis longtemps.

Prendre soin de son jardin ne signifie pas arracher tout ce qui ne nous plaît pas.

Cela signifie simplement regarder ce qui s'y passe.

Voir ce qui pousse.

Voir ce qui manque d'eau.

Voir ce qui prend trop de place.

Et parfois enlever quelques mauvaises herbes pour pouvoir à nouveau apercevoir les fleurs.

Parce qu'un jardin qu'on laisse complètement à l'abandon finit, à un moment, par entraver le reste.

Et je crois que c'est pareil pour nous.

S'occuper de soi n'est pas abandonner les autres.

Ce n'est pas devenir égoïste.

Ce n'est pas aimer moins.

C'est reconnaître que nous aussi, nous avons un jardin dont il faut s'occuper.

Demander de l'aide n'est pas une faiblesse

C'est quelque chose que j'aurais aimé que ma mère sache davantage.

J'aurais aimé qu'elle puisse avoir quelqu'un à qui elle puisse vraiment se confier.

Une épaule.

Un endroit où elle n'aurait pas eu besoin d'être celle qui tient tout.

Parce que demander de l'aide n'est pas une faiblesse.

Et je crois profondément que nous n'avons pas besoin d'attendre d'être complètement épuisées pour accepter une main tendue.

Dans mes accompagnements, il m'arrive d'être étonnée de ce que les personnes me confient.

Et je me sens toujours honorée de cette confiance.

Parfois, une personne arrive avec un problème qui semble être la cause de son mal-être.

Et puis, en parlant, quelque chose apparaît.

Une peur.

Une émotion.

Un besoin qui n'avait jamais vraiment été nommé.

Et soudain, elle comprend un peu mieux ce qui se passe en elle.

Pour moi, cette prise de conscience compte énormément.

Parce qu'à partir du moment où l'on devient consciente de ce que l'on vit, on remet un pilote dans l'avion.

On ne subit plus exactement les choses de la même manière.

On peut commencer à observer.

À choisir.

À ajuster.

À prendre soin de soi autrement.

Une branche pour se poser

C'est aussi ce que j'aimerais pouvoir offrir avec Sophronisons.

Pas une solution miracle.

Pas une méthode qui conviendrait à tout le monde.

Et certainement pas un endroit où l'on vous expliquera ce que vous devriez faire.

Plutôt une branche sur laquelle se poser un moment.

Un endroit où l'on peut souffler.

Parler si on en a envie.

Pleurer si les larmes viennent.

Ne rien avoir à prouver.

Être accueillie telle que l'on est.

Puis repartir.

Peut-être pas avec toutes les réponses.

Mais avec un peu plus de conscience de soi.

Un peu plus de douceur.

Et peut-être avec l'envie de retourner voir son propre jardin.

Celui que l'on avait peut-être laissé de côté depuis longtemps.

Et si, aujourd'hui, vous vous posiez simplement cette question :

« Dans toute la place que je donne aux autres, quelle place est-ce que je me donne à moi ? »

Il n'y a pas besoin d'avoir immédiatement la réponse.

Parfois, simplement commencer à se poser la question est déjà une façon de remettre un pied dans son propre jardin.

Et peut-être que c'est aussi cela, retrouver son équilibre.

Ne plus toujours passer après tout le monde.


Cet article est une réflexion personnelle inspirée de mon parcours et de mes expériences d'accompagnement. Les situations évoquées sont volontairement anonymisées et ne permettent pas d'identifier les personnes concernées.

Peut-être que vous vous posez cette question…

« Mais concrètement, comment savoir si je me suis moi aussi oubliée ?

Peut-être simplement en vous demandant quand vous avez pensé pour la dernière fois à ce qui vous faisait vraiment envie.

Pas ce qu'il fallait faire.
Pas ce que les autres attendaient de vous.

Ce qui vous faisait envie à vous.

Et si la réponse ne vient pas tout de suite, ce n'est pas grave. C'est peut-être justement le signe qu'il est temps de retourner doucement voir votre jardin.